Cet élan d'apprentissage chez l'enfant !

Dans le numéro de l'hiver 2020, place à l'affordance ce néologisme ...

Cet élan d'apprentissage chez l'enfant !

 L’affordance, cet élan d’apprentissage !

 

Les choses ne réagissent pas toujours comme on le pense quand on est un bébé ! Pourquoi certaines choses roulent-elles quand on les lance alors que d'autres restent en place ?

Le jeune enfant possède au départ, peu d'indices sur l'espace et les objets. Ce qui peut expliquer la raison pour laquelle il détient en lui cette soif de découverte.

 

Programmé pour apprendre

Le tout-petit tente des expériences quotidiennes, il veut apprendre sur tout, il est « programmé » pour avoir envie d’apprendre. Bébé, il explore son environnement de manière très sérieuse. La bouche sera alors son meilleur moyen d'apprentissage, on parle du stade oral1. Un peu plus grand, la marche lui offrira la possibilité de partir à la découverte du monde pour en comprendre son fonctionnement. A partir de là, c'est parti pour l'aventure ! Une aventure extraordinaire dans un univers d'une richesse insoupçonnée. Voilà pourquoi l'on dit parfois que l'enfant est un véritable petit scientifique.

Les enfants sont en quelques sortes des épistémophiles. Ce mot vient du grec ancien epistêmê qui signifie la science, la connaissance, combiné avec le suffixe -phile "qui aime".

Il recouvre en fait, deux sens, celui d'être comme "amoureux" de la connaissance au point d’éprouver un intense plaisir en découvrant quelque chose de nouveau et le fait d'être assoiffé d’apprendre. 

1 Stade oral: La zone de prédilection ou zone érogène à ce stade est la zone buccolabiale. Celle ci est investie car c’est la partie de corps par lequel bébé rentre en contact avec l’extérieur

 

Affordance : Quésako ?

L’affordance est la capacité d’un objet ou d’un système à évoquer son utilisation, sa fonction. Par définition, l’affordance provoque une interaction spontanée entre un environnement et son utilisateur.

Le terme d'affordance est emprunté à l’anglais et il est parfois traduit par « potentialité ». Il dérive du verbe to afford qui se traduit par "procurer l'envie de" et "offrir l'opportunité de..."

Les affordances sont donc des appels à l’action, au sens large. Tirer, pousser, appuyer, tapoter, cliquer, effleurer, porter sont autant de moyen d’interagir avec un jouet, un objet. En quelque sorte, l’affordance offre à l’utilisateur les moyens de se servir d’un objet, y compris, et si possible sans mode d’emploi. Côté petite enfance c'est offrir à l'enfant un environnement dynamique qui donne envie à l'enfant. C'est l'appétence de la découverte autrement dit le penchant qui pousse à satisfaire ses envies, ses désirs. L'enfant va naturellement vers ce qu'il ne connaît pas, il est motivé par la nécessité de comprendre l'objet qu'il a devant lui.
L’enfant qui joue avec le carton d'emballage plutôt qu’avec le jouet qu'il y a à l'intérieur de cet emballage, fait preuve d’affordance. Pour la simple et bonne raison que ce carton, offre à créer, imaginer et inventer.

 

L'imagination, un substrat naturel

Un objet suffit pour offrir une réponse à un enfant en pleine expérimentation. Détourner la chaise du salon pour jouer à la marchande, se faufiler dessous, en faire une voiture de course, permet au jeune enfant de développer son imagination et sa créativité. Lorsque l’enfant utilise son imagination, il fait alors preuve d'une grande concentration pour comprendre son environnement. L'imagination est donc une force. C'est grâce à elle que l'on s'adapte, innove, que nous inventons des solutions.

Ainsi pour l'enfant, le jeu, et l'imagination qui en découle, lui permet de mettre en scène, ce qui l'étonne, le surprend, le dérange et plus généralement toute situation génératrice d'émotions positives et négatives. C'est très vrai avec le jeu de dînette, marchande, docteur, ces jeux symboliques par lesquels il va expérimenter les rôles de chacun. L'enfant qui joue au docteur, par exemple, fait semblant et il le sait: “c'est pour de faux”.

L'enfant tente alors des choses, s'en autorise d'autres, libère ses émotions. Il peut rejouer une situation réelle et finalement arriver à se détacher des choses qui l'embarrassent.

Laisser l'enfant jouer librement et être auteur de son jeu, lui permet de développer son imagination. Un substrat indispensable pour s'adapter à son environnement et aux situations qu'il rencontre et rencontrera tout au long de sa vie.

L'imaginaire permet de s'initier au monde réel et aussi de s'en évader lorsque c'est nécessaire.

Le jeu occupe une place importante dans la vie de votre enfant et tant mieux . C'est l'activité par excellence. Le jeu est digne d'une «école», en mieux, car il est au cœur des apprentissages de l'enfant et il procure du plaisir !  

 

« On parle souvent du jeu comme si c’était une récréation pour les enfants, le jeu représente un apprentissage sérieux. Le jeu est le vrai travail de l’enfant. »

Fred Rogers  

 

Marina Lemarié pour STRADA Numéro 52 : lire la publication