Nos enfants marchent moins, bougent moins : sédentarité de l'enfant.
Le mouvement libre de l'enfant. Une différence culturelle.
Sédentarité chez le jeune enfant : et si le véritable défi était devenu de bouger ?
Il y a quelques jours, j'ai partagé sur les réseaux sociaux des photos de deux enfants marchant dans les montagnes marocaines. Ces images ont suscité beaucoup de réactions. Certaines personnes ont admiré leur endurance. D'autres ont été surprises des enfants capables de parcourir de longues distances sur des chemins parfois escarpés. Des observations que j'ai pu également faire lors de voyages d'études en Asie du Sus-Est, fin 2024 et fin 2025, avec de jeunes enfants qui se rendaient à l'école à pied où qui suivent leurs parents qui descendent des montagnes pour se rendre au marché hebdomadaire. Là-bas les enfants marchent vraiment !
Cela m'a alors amenée à me poser une question :
Pourquoi sommes-nous parfois étonnés de voir des enfants marcher, grimper ou évoluer sur des terrains irréguliers ? Après tout, n'est-ce pas précisément ce que les enfants sont naturellement programmé pour faire ?
Des enfants qui bougent moins qu'avant ?
Nous parlons beaucoup aujourd'hui de nature, de jeu libre, de motricité libre, d'activités physiques ou encore d'aménagements extérieurs. Mais nous parlons finalement assez peu de la sédentarité qui s'installe parfois dès les premières années de vie, même si on n'utilise pas ce terme. Les familles se retrouvant dans un rythme quotidien parfois infernal, le fameux " métro-boulot-dodo ", des infrastructures qui ne permettent pas de se rendre à pied où à vélo à l'école, à la crèche, faire des courses, etc. Des enseignants et des pros de la petite enfance qui sont souvent contraints par des locaux et des espaces extérieurs qui n'offrent que difficilement de quoi véritablement être en mouvement !
Pourtant, lorsqu'on observe les habitudes actuelles, un constat apparaît :
- Les enfants passent davantage de temps assis.
- Ils sont transportés en véhicule.
- Ils sont plus souvent portés dans les bras par l'adulte, même si l'enfant marche.
- Leurs déplacements sont parfois limités par manque de temps, par facilité ou simplement par crainte qu'ils tombent.
- Les écrans occupent également une place grandissante dans certaines familles.
- Les sols des écoles et des crèches sont souvent plats par mesure de sécurité.
Petit à petit, sans forcément nous en rendre compte, nous réduisons les occasions naturelles de mouvement de l'enfant, comme pour nous adulte d'ailleurs.
Pourtant, le mouvement n'est pas une activité. C'est un besoin fondamental !
Parle-t-on d'activité physique ? De sport à proprement parler ? Non, on parle bien de sédentarité qui existe aussi chez les enfants, même si on n'en parle pas.
Qu'est-ce que c'est au juste la sédentarité ?
La sédentarité est une situation d’éveil caractérisée par une dépense d’énergie faible. Elle correspond au temps passé assis, couché, semi-couché ou debout avec de petits piétinements où sans bouger. En France, la recommandation diffusée par le ministère chargé de la santé dans le cadre du Programme national nutrition santé (PNNS), est de pratiquer l’équivalent d’au moins 30 minutes de marche rapide par jour au minimum 5 fois par semaine pour les adultes et l’équivalent d’au moins 60 minutes par jour pour les enfants et adolescents. Concernant la sédentarité, il est recommandé de réduire le temps total quotidien passé assis et de se lever et marcher quelques minutes au moins toutes les deux heures.
SOURCE : Ministère de la Santé
Lors d'un récent échange avec la PMI (Protection Maternelle Infantile) autour d'un projet d'aménagement extérieur, nous avons évoqué les différences de niveaux, les pentes, les petites marches et les reliefs présents dans les espaces de jeu. J'ai rappelé à quel point ces éléments sont importants pour le développement moteur des jeunes enfants :
- Lever le pied pour franchir une marche.
- Adapter son équilibre sur une pente.
- Utiliser ses mains et ses genoux pour grimper à quatre pattes.
- Transférer son poids d'un appui à l'autre.
Toutes ces expériences mobilisent la force musculaire, la coordination, l'équilibre, la perception du corps dans l'espace et la confiance en soi.Pour un adulte, une petite butte ou une marche de quelques centimètres semblent anodines. Pour un jeune enfant, ce sont de véritables terrains d'apprentissage, comme j'en parlais dans un des articles des pros de la petite enfance.
À l'inverse, lorsque les espaces sont parfaitement plats, uniformes et sans relief, les occasions de développer ces compétences deviennent plus rares, même si l'espace est équipé d'une structure de motricité. En effet, pour un tout - petit ce toboggan peut perte trop grande, trop haute et donc pas adaptée à ses besoins moteurs du moment. Cette structure ne lui servira donc à rien. Les différences de niveaux dans le sol à sa hauteur seront plus appropriées.
L'enfant a besoin d'un environnement qui lui propose des défis adaptés à ses capacités. Des défis stimulants qui le font bouger.
Des petits défis qui font grandir
La sécurité reste indispensable et la question n'est évidemment pas d'exposer les enfants au danger. Mais nous pouvons parfois être tentés de supprimer toute difficulté de leur environnement. Or, c'est précisément en rencontrant de petits défis adaptés que les enfants développent leurs compétences et que ces expériences de l'environnement permettent aux enfants d'être en mouvement non dicté par du mobilier mis en place par l'adulte.
Une pente à monter/un tronc à enjamber/une butte à gravir/une brouette à pousser/un terrain irrégulier à parcourir, un espace pour marcher tout simplement, c'est autant de situations du quotidien qui participent au mouvement physique et au développement de capacités cognitives.
Aménager un espace extérieur, c'est aussi multiplier les occasions de mouvement sans forcément être dans la motricité suréquipée en dispositifs moteurs. C'est apprendre de l'environnement naturel, de l'environnement extérieur pour être plus autonome dans ses déplacements.
Les enfants n'ont pas besoin que nous leur apprenions à bouger. Ils en ont naturellement envie, donc ne le freinons pas à chaque pas. Notre rôle consiste davantage à leur offrir des environnements qui nourrissent cette envie plutôt que de la freiner.
La véritable question n'est peut-être pas :
« Comment faire faire plus de motricité aux enfants ? »
Mais plutôt :
« Comment leur permettre de retrouver davantage d'occasions de bouger librement tout au long de la journée ? »
Cette réflexion ne concerne pas uniquement les enfants. Dans de nombreuses structures, les professionnels ont l'impression d'être constamment en mouvement. Pourtant, nous aurions des postures répétitives et nos déplacements restent limités. L'aménagement de l'espace, l'organisation, les habitudes conditionnent nos mouvements. Le sujet mériterait à lui seul un article entier...
Pour l'heure, je vais me lever de mon poste de travail !
Marina Lemarié







